Liaisons : le bulletin du CNFEDS

#32







Edito



C’est autour de la musique que nous vous invitons à terminer l’année avec ce nouveau numéro d’un Liaisons tout « musical »…

Et tout d’abord quelques idées dans la rubrique Repéré pour vous : Philippe GENESTE a sélectionné des CD audio, des contes musicaux, des livres originaux sur les arts, la science, la science-fiction qui réjouiront les jeunes lecteurs.

Dans notre Dossier, découvrez l’expérience enthousiasmante menée par Elsa FALCUCCI avec l’INJS de Paris autour de cette question : « A-t-on besoin d’entendre pour écouter ou faire de la musique ? » – comment ce projet, considéré au départ comme un simple outil ludique dans le cadre du Perfectionnement de la Parole et du Langage, a pu prendre une toute autre dimension grâce à l’engouement des élèves et à des partenariats précieux…

Serge ANDRÉ vous parlera ensuite du dernier ouvrage de Chantal CHAILLET DAMALIX « Ballade en éducation auditive » : précis, riche d’enseignements, courageux, audacieux, il constitue selon lui une avancée importante grâce à une vision nouvelle de ce qu’on peut appeler Musicothérapie.
L’exemple de Beethoven a bien évidemment toute sa place dans ce numéro consacré à la musique. Et c’est E. DUCROT qui ouvre pour vous quelques pages émouvantes de la correspondance personnelle de l’illustre compositeur – on le sait, la surdité dont il est rapidement atteint ne l’empêchera pas de composer ses plus beaux chefs-d’œuvre sans même pouvoir les entendre.
Quant aux cinéphiles, nul doute qu’ils seront « touchés » eux aussi, comme l’ont été nos deux critiques, par les derniers films à l’affiche sur le monde du handicap : Marie Heurtin présenté par Antoine TARABBO et La famille Bélier par Olivier MARCHAL.

Pour clore ce dernier numéro de l’année, retrouvez enfin, dans la rubrique Zoom sur, les ouvrages sur le handicap récompensés par le prix Handi-Livres 2014, ainsi que les dernières infos dans la rubrique Actus.

En cette veille de Noël, nous souhaitons à tous de très bonnes fêtes et vous donnons rendez-vous en 2015 !

Bonne lecture et au prochain numéro!



Repéré pour vous ...

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Couverture de l'ouvrage Le doudou de Coco

Le doudou de Coco

Le doudou de Coco

Paule Du Bouchet, musique de Marie-Jeanne Séréro

Gallimard jeunesse, collection Musique, 2009, 12 p. + CD audio de 15 min, 11,90€, 2-5 ans

La compositrice est professeur d’orchestration et de direction de chant, spécialiste de la musique de chambre et a déjà donné des compositions chez Gallimard Jeunesse. Les musiciens sont : au piano Marie-Jeanne Séréro, aux percussions François Gélin et au saxophone David Menke.

L’argument du livre-CD est un voyage en train du petit singe anthropomorphisé Coco. Mais Coco a oublié son doudou… Musique et texte vont tenter d’y suppléer. Une belle création pour les tout petits.

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Couverture de l'ouvrage Le Jazz

Le Jazz

Le Jazz - Charlie et le jazz

Leigh Sauerwein, musique d'Henri Texier, illustrations de Laurent Corvaisier

Gallimard jeunesse, collection mes premières découvertes de la musique, 2009, 32 p. + CD audio de 20 min, 13,50€, 5-8 ans

C’est tout simplement un des plus talentueux contrebassistes de jazz français qui a composé la musique de ce CD. L’histoire raconte la libération des animaux d’un zoo qui vont faire le bœuf chez l’hippopotame pour la nuit.

Un supplément documentaire précise le travail du quintet d’Henri Texier pour traduire l’histoire, ou mieux, pour l’interpréter. Un petit bijou de musique qui rehausse l’humour de l’histoire.

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Couverture de l'ouvrage L'Oiseau de Vérité

L'Oiseau de Vérité

L'Oiseau de Vérité

Jean-Jacques Fdida et Jean-Marie Machado, illustrations de Régis Lejonc

Didier Jeunesse, collection "comptines d'aujourd'hui", 2004, 48 p. + 1 CD de 34 min, 23,50€

Magnifique tant par les illustrations du livre et la mise en page, qui installent un univers onirique puissant, que par la musique et la narration, parfois chantée, dont le souffle dramatique emporte l'auditeur-lecteur dans ce monde traditionnel et pourtant singulier de L'Oiseau de vérité.

En effet, il s'agit d'un conte traditionnel dont on ne connaît pas l'origine. C'est donc un conte vagabond sur la quête d'identité d'enfants arrachés à leur mère par une marâtre. De plus, cette version fait référence à des héros de la mythologie.

La composition graphique autant que la photogravure font de ce livre + CD un chef d'œuvre de l'édition de jeunesse.

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Couverture de l'ouvrage Chansons de France pour les petits, volume 2

Chansons de France pour les petits, volume 2

Chansons de France pour les petits, volume 2

Illustrations d'Hervé Le Goff

Père Castor, 2013, 64 p. + CD

L’avantage de la littérature de jeunesse est de faire vivre les genres populaires de la littérature. Ce livre qui rassemble trente-deux chansons traditionnelles de France en est l’illustration.

Le CD audiophonique qui accompagne les textes permet à l’enfant de mieux entrer dans l’univers fantaisiste, goguenard, étrange aussi, didactique parfois, de certaines compositions. L’enregistrement musical respecte les compositions originales dans des arrangements modernes.

Un beau livre qui plaît aux enfants dès le plus jeune âge et que les illustrations de Le Goff enchantent avec art et tendre humour.

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Couverture de l'ouvrage Les trésors des couleurs

Les trésors des couleurs

Parce que le livre est un cadeau

Les trésors des couleurs

Delphine Baddredine

Gallimard jeunesse, collection mes premières découvertes, 2014, 22 p., 20€

Nul doute que ce petit chef d’œuvre éditorial, astucieux, beau, érudit, interactif, comblera tous les enfants qui auront le plaisir de l’avoir entre les mains. Les couleurs ne sont pas traitées en elles-mêmes, mais associées à un support. Bien sûr, le livre repose d’abord sur un discours (souvent gestuel et visuel) sur la couleur, mais l’interactivité offre l’association avec ce que revêt la couleur. La couleur se fait alors guide documentaire dans l’exploration d’images du monde. C’est l’occasion de scruter la couleur dans ses nuances ce qui donne lieu à des planches quasi d’expertise de la couleur, mais très abordable par l’enfant et très esthétique.

L’enfant est même invité à détacher une lampe magique pour éclairer des images sur film noir, faisant ainsi apparaître l’inconnu de couleur dans la jungle sombre.

La couleur est aussi un signal de récit naturel. On va suivre ainsi la naissance de la fraise, on voit que la couleur suit d’autres variantes climatiques par exemple dans le cas du pelage des animaux, ou encore selon les volontés de s’abstraire de la vue des prédateurs. La couleur est aussi ruse quotidienne, celle du champignon qui tel la pomme de la sorcière attire pour mieux empoisonner, elle peut être instrument de séduction…

Mais changer de couleur, mettre le monde des couleurs sans dessus dessous, va offrir des jeux rigolos au petit qui manipulera, le vert kaki, le cuivré, le vert émeraude, le gris, l’ocre sur des dinosaures, les transformant mais aussi invitant à faire correspondre à chacun la bonne couleur supposée.

La couleur, toutefois, comme matière est abordée à la fin de l’ouvrage avec les trois couleurs primaires (rouge, jaune et bleu) et les trois couleurs secondaires nées du mélange de deux des premières : l’orange, le vert et le violet. On pourra exercer l’enfant à la reconnaissance de couleurs par mises en correspondances de figurines sous petits flaps. Un grand livre pour les petits.

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Couverture de l'ouvrage Le ciel à l'œil nu. Mois par mois les plus beaux spectacles de 2014

Le ciel à l'œil nu. Mois par mois les plus beaux spectacles de 2015

Le ciel à l'œil nu. Mois par mois les plus beaux spectacles de 2015

Guillaume Cannat

Nathan, 2014, 144 p., 18,50€

Ce livre de vulgarisation scientifique, réalisé chaque année par le journaliste Guillaume Cannat, propose aux lecteurs de se repérer dans le ciel, de janvier à décembre 2015. Plus de 70 rendez-vous crépusculaires ou nocturnes entre les planètes sont présentés avec un schéma détaillé, des conseils pour les observer. De nombreuses cartes, quelques cent schémas photographiques, des dessins, on ne peut nier l’intérêt d’un tel ouvrage à manier avec les enfants et à mettre dans les mains des adolescents. Surtout que des gros plans encyclopédiques permettent de découvrir ou redécouvrir les bases de l’observation des astres, le tout renforcé par de nouveaux encadrés mythologiques et pratiques.

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Couverture de l'ouvrage Comp'art

Comp'art

Comp'art

Sandrine Andrews

Oskar jeunesse, collection les chercheurs d'art, 2009, 48 p., 18,50€

Quel bel ouvrage, quel ouvrage intelligent ! En quatre pages, dont deux réservés à deux tableaux, le lecteur est invité à scruter des œuvres présentées et ainsi à prendre le temps de regarder. Le livre est une propédeutique au regard et au temps de l’attention. C’est ainsi une éducation essentielle que l’ordre éditorial même propose. Rien que pour cela, il faudrait recommander l’ouvrage. Mais en plus, la diversité des œuvres, la pertinence des choix de comparaison, emportent l’intérêt. Rien de figé et nulle volonté de classicisme didactique dans la conception de l’ouvrage.
L’enfant découvre ainsi des œuvres de Séchas (XXe siècle), de Volterra (XVIe), de Seurat et Calder, d’Arcimboldo (XVIe) et Brueghel de Velours (XVIIe), de Schooten (XVIIe) et Magritte, d’Hokusaï (XIXe) et Lichtenstein (XXe) des fresques indiennes ou égyptiennes et Haring ou le douanier Rousseau. Les jeux et devinettes par lesquels le lectorat est invité à scruter les tableaux s’accompagnent de commentaires érudits.

Bref, c’est un livre remarquable.

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Couverture de l'ouvrage L'Encyclopédie  des martiens à l'usage des terriens qui rêvent de visiter Mars

L'Encyclopédie des martiens à l'usage des terriens qui rêvent de visiter Mars

L'Encyclopédie des martiens à l'usage des terriens qui rêvent de visiter Mars

Gwendoline Raisson, illustrations de Roland Garrigue

Père Castor, 2014, 32 p., 18€

Ce documentaire fiction est un régal joyeux pour explorateurs en herbe. Tout commence par une exploration de la planète rouge à la rencontre des martiens, de leur habitat. Puis un long article nous détaille leur langue, assez compliquée, pas très linguistique, mais époustouflante d’inarticulation (essayez donc le lexique français-martien et vous verrez)… Leurs moyens de transport, leurs mœurs alimentaires, leur organisation sociale, la place qu’y occupent le travail, l’école – si si ! –, la mort et le renouvellement des générations, leurs lieux de villégiatures, leurs pratiques des arts et leur culture, le sport, leur diaspora, et pour finir, un copieux dossier sur leur Histoire à travers l’infini du temps. Bref, on se régale : les pages se déplient, des caches sont à soulever, évidemment, sinon on n’y voit rien.

Même si Roland Garrigue est resté dans un dessin de comics pour enfants, il fait œuvre d’imagination foisonnante et c’est un régal d’humour que le texte de Gwendoline Raisson titille en permanence quand ce n’est pas l’inverse. A l’heure où on trouve de l’eau sur Mars, des chutes de neige, Raisson et Garrigue tentent de réactiver le rêve martien qui a occupé tout le vingtième siècle mais tend à s’estomper au fur et à mesure que la présence des petits hommes verts n’a plus une once de probabilité. Les auteurs en profitent pour les rappeler à l’irraison enfantine maintenant qu’ils ne sont plus du tout menaçants, que leur invasion des productions culturelles est achevée. Une nouvelle histoire pourrait-elle débuter à partir de cet ouvrage bouffon, truculent. Le Monde du 13/14 avril se demandait : « Jusqu’où irons-nous pour mieux connaître [Mars] ? » L’Encyclopédie des martiens répond en invitant un nouvel imaginaire déconnecté des sciences mais nourri par la culture, le mythe 1et au fond, cette même question : y a-t-il une vie sur Mars ?

1dont Valéry disait « ce qui périt par un peu de précision est un mythe », ce qui est exactement arrivé aux martiens…



Dossier

Musique & Cinéma

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La musique à l'INJS de Paris

 

par Elsa FALCUCCI

 



A-t-on besoin d’entendre pour écouter ou faire de la musique ?
Qu’est-ce « qu’entendre la musique » ? Selon Evelyn Glennie, percussionniste écossaise mondialement connue, et devenue sourde profonde à l’âge de 12 ans :
« Hearing is a specialized form of touch. […] With very low frequency vibration the ear starts becoming inefficient and the rest of the body’s sense of touch starts to take over. For some reason we tend to make a distinction between hearing a sound and feeling a vibration, in reality they are the same thing [….]Even someone who is totally deaf can still hear/feel sounds.[…] ”1
Entendre ou percevoir les sons est un apprentissage, au même titre que le langage. Il était donc intéressant de rendre cette discipline accessible aux jeunes sourds en tenant compte de leurs spécificités.

La naissance et l'historique du projet
  • La musique et le PPL


  • Tout d’abord, la musique était censée n’être qu’un outil ludique dans le cadre du Perfectionnement de la Parole et du Langage oral (PPL).
    En effet les paramètres de la musique sont très proches des éléments prosodiques des langues orales (durée, rythme, hauteur, intensité…)
    Le fait de passer par des chansons par exemple permet, de façon agréable, de travailler différents aspects de la langue :

    • l’émission, c’est-à-dire la découverte et la maîtrise de sa voix, être à l’aise, prendre du plaisir avec sa voix, chanter… ; le travail autour de la langue dans sa globalité. Afin de permettre à l’élève de s’exprimer de façon plus intelligible, les techniques de chant sont une aide précieuse notamment dans le cadre du travail de la respiration et de la maîtrise du souffle.

    • la réception, c’est-à-dire, la découverte du monde sonore et des différents paramètres musicaux (éducation auditive, discrimination des différents sons et bruits) ; l’apprentissage de l’utilisation de l’appareillage pour le développement du gain prothétique (prothèses numériques et implants cochléaires).

    La musique permet également de travailler les attitudes dans la communication : respect des tours de paroles et des consignes (respect des silences, écoute et attention portées à son interlocuteur).
    C’est également un biais pour accéder au patrimoine culturel. En effet, il est possible, par exemple, de travailler en pluridisciplinarité avec le professeur de français lorsque celui-ci aborde la poésie et les comptines (rimes).
    Cette transdisciplinarité a d’ailleurs donné lieu à la création d’un dessin animé sur la vie de l’Abbé de l’épée (dessins et musique réalisés entièrement par les élèves) avec le professeur d’Arts visuels de l’institut, Baptiste Haudos de Possesse, à l’occasion du tricentenaire de la naissance de l’Abbé de l’épée.

  • La musique pour elle-même
  • Devant l’engouement des élèves, le projet a pris rapidement une autre dimension, celle de conférer à la musique un statut en soi.
    Les jeunes en effet souhaitent avoir accès à la musique, mais l’écoute pure les intéresse peu, ce qu’ils souhaitent c’est FAIRE de la musique, créer, partager.
    Nous avons d’abord utilisé de petits instruments (claves, tambourin…) pour travailler le rythme.
    Le Directeur de l’INJS, M. Dutheil, les secrétaires généraux M. Bouchard et Mme Eisenmann, ainsi que les Directeurs des enseignements, M. Albinhac, M. Brossier et M. Nomballais, m’ont permis de suivre des formations avec l’association MESH (musique et situation de handicap) qui anime des ateliers musicaux auprès des jeunes handicapés depuis plus de 20 ans. Je leur ai parlé de cette envie et ils ont tout de suite été d’une aide précieuse.

    Nous avons réfléchi ensemble à la constitution d’un instrumentarium de base. Il paraissait primordial qu’il ne soit pas composé exclusivement d’instruments à percussions.
    En général, on pense que seuls ces instruments sont accessibles aux personnes sourdes du fait des fortes vibrations qu’ils peuvent générer. Or nous avons pu constater que les élèves manifestaient une curiosité et un fort intérêt pour les instruments harmoniques (piano, guitare…). Certains émettaient même le souhait de chanter avec un micro !

    Un instrumentarium assez diversifié a donc été commandé par l’INJS. En accord et avec le soutien de la direction de l’INJS, s’est imposée l’idée d’identifier un espace dans l’institut dédié à cet enseignement : une salle de technologie a été vidée et désignée en septembre 2009 « salle de musique ».
    A la suite de cette expérience, plusieurs difficultés ont émergé.
    D’une part, les élèves ne pouvaient expérimenter que les instruments acoustiques, qui émettent naturellement des vibrations, mais les instruments numériques étaient inaccessibles notamment pour les élèves qui ne bénéficiaient pas d’un gain prothétique suffisant.
    D’autre part, lorsque l’un des élèves jouait, les autres ne pouvaient pas interagir avec lui car certains instruments n’émettaient que peu ou pas de vibrations.
    La question de la sonorisation de la salle s’est donc posée.

  • La partie technique
  • La sonorisation de la salle

    MESH nous a mis en contact avec la société SILENCE, SARL s’occupant de la gestion du son sur les émissions musicales comme « La Nouvelle star » et « The Voice ».
    Pendant une année complète, nous avons travaillé en partenariat avec Magali Viallefond, Présidente de MESH, Gilles Hugo, Président de la SARL SILENCE et Daniel Chapy, alors professeur spécialisé d’éducation musicale à l’Institut BAGUER.
    Nous avons mené plusieurs séances avec trois élèves de 5e, sourdes profondes, ayant des profils assez différents.


    Ces séances avaient pour but de réaliser avec ces jeunes, plusieurs expérimentations liées à l’acoustique, le matériel, les matériaux et les instruments (insonorisation et équipement) afin de déterminer les éléments leur paraissant les plus intéressants en matière d’accès à la musique.
    Ce matériel a également été utilisé lors des séances de musique auprès de deux autres classes.

    Ces études ont permis dans un premier temps de choisir le matériel le mieux adapté aux élèves :

  • des solid drive (transducteurs) : écoute aérienne et vibratoire
  • Ces appareils ont été utilisés essentiellement pour leur aspect vibratoire. Les jeunes ont exploré toutes les possibilités quant à leur utilisation : en les posant sur le sommet de leur tête, dans leur main, sur leur ventre, bras, jambes…. Les élèves bénéficiant d’un gain prothétique ou non le plaçaient également sur leurs oreilles.
    Ces appareils leur ont permis de percevoir leur voix d’une façon différente et d’avoir ainsi un meilleur feedback.
    L’utilisation de ces outils les a amenés à jouer avec leur voix ou même à chanter une chanson pour leur plaisir personnel. Ils demandaient aux autres élèves de les écouter dans leurs productions en les invitant à poser le solid drive sur eux. De plus, ils leur demandaient de produire à leur tour à l’aide de leur voix, se positionnant dès lors en tant qu’auditeur. L’utilisation du solid drive a poussé leur curiosité jusqu’à la découverte du piano et son utilisation parfois très précise. En effet, chaque note est ressentie comme un à-coup, ce qui leur permet de discriminer les notes aiguës/graves, forts/faibles, longues/courtes…

  • les tactiles sound (hauts parleurs placés sous différents matériaux, un grand caisson en bois, deux petits en bois et un plancher en matière plastique) : écoute aérienne et vibratoire
  • Ces hauts parleurs permettent une écoute globale de la musique au même titre que les solid drive mais de façon moins précise.

    Dans un second temps, en lien avec les visites d’experts et d’acousticiens, nous avons été conduits à rechercher au sein de l’établissement un autre espace qui présenterait moins de difficultés pour être isolée au plan phonique.
    Joëlle Tour-Vincent, médecin de l’INJS, nous a mis en contact avec l’Association Elena Rostropovitch, avec Elena Rostropovitch elle-même, musicienne professionnelle et présidente de l’association ainsi qu’avec Corine Sorrel, Executive Manager et Olga Maximov, responsable du développement. Ensemble, nous avons choisi une nouvelle salle plus grande et plus à même d’accueillir les cours de musique.
    Ce matériel a été utilisé pendant un an auprès de trois classes et a permis de déterminer les éléments à améliorer.
    En effet, la salle, plus grande, résonnait beaucoup trop et ne permettait pas une bonne écoute des élèves (le son se perdait). Il a donc fallu réfléchir à son insonorisation.

    L’insonorisation de la salle

    Les travaux ont été pris en charge par l’INJS et l’Association Elena Rostropovitch ainsi que ses donateurs.2

    Cet espace nécessitait un aménagement assez conséquent en termes d’isolation phonique et d’équipement, à la mesure de ce qui est exigible pour un auditorium. Il s’agissait de réunir toutes les conditions acoustiques, nécessaires et suffisantes, permettant de dépasser les contraintes importantes liées à la problématique sur la réception auditive des jeunes sourds.

    Les diverses réflexions menées sur ce projet, ont fait émerger la nécessité d’aménager la salle avec des éléments amovibles permettant une utilisation plus aisée de celle-ci.
    Ainsi a été installée une grande scène, composée de six praticables sous chacun desquels a été fixé un transducteur, permettant une perception vibratoire et aérienne de la musique. Ces éléments indépendants les uns des autres mais pouvant être réunis, offrent la possibilité pour les élèves de ressentir leurs productions individuelles ou collectives.
    Des panneaux phoniques ont été accrochés au plafond et aux murs afin de réduire la résonance de la salle.

    Enfin, une part importante a été donnée à l’esthétisme, notamment au niveau des couleurs vives qui font de cette salle un lieu accueillant et chaleureux.

    L’inauguration de la salle de musique s’est tenue le 7 février 2013 en présence d’Elena Rostropovitch, et des différents partenaires.


    Les différents partenariats et projets menés avec les élèves
  • IDTGV - 2010
  • Deux élèves de 5e ont pu présenter, avec Charles Vedel, alors employé de SILENCE et moi-même, différents aspects des cours de musique et le matériel de l’INJS à des passagers du TGV Paris-Lyon, aller-retour.
    Ceci leur a permis de s’approprier les éléments appris en classe et de faire expérimenter à des entendants la façon dont ils pouvaient ressentir la musique de façon différente.

  • Rencontre de musiciens sourds et entendants
  • La rencontre avec Evelyn Glennie, percussionniste écossaise en juin 2012, a été très importante pour les élèves. Ils ont pu constater par eux-mêmes, en assistant à son spectacle avec le Taipei chinese orchestra au Théâtre du Châtelet, qu’une personne sourde pouvait faire une carrière professionnelle dans la musique.
    D’ailleurs, Evelyn Glennie ne se considère pas comme une personne sourde mais avant tout comme une musicienne à part entière.



  • Colloque : Écouter, agir : musique et plasticité cérébrale


  • Nous avons travaillé une chanson avec la classe de 5e en lien avec leur professeur de LSF, Nadia Bourgeois.
    Cette chanson a été présentée au colloque « Ecouter, agir : musique et plasticité cérébrale » le 18 novembre 2011 dans l’amphithéâtre de l’Université de Nanterre. Deux élèves jouaient les accords au piano, une élève chantait et trois élèves signaient la chanson avec leur professeur de LSF.

    A la suite de cette intervention, de nombreuses personnes du public sont venues poser des questions aux élèves, ces deniers étant très fiers de pouvoir expliquer leur travail.

  • Le Projet Histoires sensibles


  • A la suite des présentations au Panthéon de dispositifs du LAM (Lutheries Acoustique Musique) par Hugues Genevois (Responsable de l'équipe LAM et Ingénieur de recherche, Ministère de la Culture) et Pascale Criton (compositrice) et d’activités réalisées par les élèves de l’INJS sur divers prototypes (LAM) et devant l’intérêt des élèves, la poursuite d’un projet commun s’est dessiné.
    Le projet Histoires sensibles a débuté en octobre 2012, destiné à trois classes de l’INJS, 6e B, 4e B, 3e C. 25 séances d’une heure se sont tenues dans la salle de musique de l’institut avec le soutien de l’Agence Nationale de la Recherche et de la SACEM en collaboration avec l’équipe Lutheries Acoustique Musique (LAM) et le CNRS.
    L’objectif était de développer une expérience créative au niveau de représentations vibratoires et sonores en vue de réaliser des illustrations de films d’animation à l’aide de dispositifs sonotactiles adaptés.
    Ce travail a donné lieu à cinq présentations des élèves au sein de l’INJS en juin 2013.

  • Partenariat avec la salle de concert du Triton
  • Au mois de novembre 2013, l’INJS a mené, en partenariat avec la salle de concert de la Mairie des Lilas, « le Triton », un projet avec les élèves de 3e B. Trois séances de préparation ont permis à ces sept élèves de se produire sur la scène du Triton en première partie du saxophoniste Guillaume Perret, devant un vrai public !
    Pendant ces trois séances de musique de deux heures, Guillaume Perret et Arnaud Grosjean, ingénieur informatique, nous ont montré de nouvelles techniques musicales. Guillaume Perret utilise plusieurs pédales d’effets qui lui permettent de modifier le son de son saxophone. Arnaud Grosjean nous a fait expérimenter le LEAP motion, qui permet de produire un son (enregistré dans un ordinateur) rien qu’en faisant un geste de la main (même principe que la Kinect).

    Ces différentes présentations des élèves devant un public sont essentielles dans l’apprentissage de la musique. En effet, le fait de pouvoir expliquer leur travail et de le présenter devant des personnes, sourdes ou entendantes, musiciennes ou non, permet, non seulement, aux élèves de s’approprier les concepts vus pendant les séances de musique en les transmettant à une audience, mais également de prendre confiance en eux.

  • Un projet de documentaire en cours de développement
  • Après avoir assisté, en juin 2013, à la présentation du projet Histoires Sensibles dans la salle de musique de l’INJS par les élèves de trois classes, Anne Schuchman, productrice, et Lydia Erbibou, réalisatrice, ont souhaité réaliser un documentaire « je touche donc j’écoute » sur la façon dont les jeunes sourds appréhendaient la musique, notamment pas le toucher et le vibratoire.
    Entre mars et juin 2014, une équipe légère est venue à maintes reprises en repérage lors des séances de musique de trois classes de l’INJS.
    Ces nombreuses heures partagées ont été enrichissantes tant pour l’équipe que pour les jeunes ! 
    Ces derniers attendent avec impatience la sortie de ce documentaire, à l’heure actuelle encore en cours de développement.

  • Un projet de partenariat avec deux établissements accueillant des jeunes sourds à Berlin
  • Daniel Barenboïm, pianiste et chef d’orchestre de renommée internationale, enthousiasmé par le concept d’une salle de musique pour les jeunes sourds, a émis le désir de s'associer à l’Association Elena Rostropovitch (AER) afin de créer une structure identique à celle de l'INJS dans une école pour jeunes sourds de Berlin.
    Rappelons qu’AER est avec l’appui de Mme Elena Rostropovich, de la Fondation Bettencourt Schueller et du Groupe Louis Vuitton Moët-Hennessy d’une part et l’INJS, d’autre part, à l’origine de la réalisation du projet pilote de la création de notre salle de musique.
    C’est donc dans ce but, que des professionnels de ces écoles la Ernst-Adolf Eschke Schule et la Reinfelder Schule, sont venus — avec un interprète français-allemand et une interprète en langue des signes allemande ! — assister à une séance de musique avec les élèves de 4ème Rodin (Jean-Baptiste, Nicolas, Sophie, Orlando, Owen et Wissal) en mai 2014.

    Ils ont pu ainsi observer les différentes adaptations techniques qui permettent à nos élèves de ressentir, de faire de la musique, et de pouvoir échanger autour de celle-ci.
    Les 4e ont été rejoints en fin de séance par les élèves de 3e B (Dania, Dewi, Farrah, Kamal, Kevin, Louise, et Rafaëlli).
    Ces derniers ayant pu suivre les cours de musique durant toute leur scolarité au collège, et connaissant donc très bien le fonctionnement de la salle de musique étaient ravis à l’idée de partager leur expérience de 4 ans avec nos visiteurs.
    S’en est alors suivi un débat dynamique entre eux et leurs auditeurs autour de l’intérêt des installations vibratoires présentes dans notre salle !
    Les professionnels de Berlin ont été impressionnés par l’énergie et l’enthousiasme de nos élèves, ceux-ci les encourageant d’ailleurs vivement à s’équiper du même type de matériel vibratoire pour leur future salle !

    Nous espérons que le projet se fera et qu’il permettra de mettre en place à l’avenir un partenariat musical entre nos écoles !



  • Une conclusion qui n’est pas une fin
  • Les multiples spectacles présentés lors des différentes occasions pré-citées ne sont pas une recherche de l’esthétisme mais sont avant tout articulés autour des envies des élèves afin de leur permettre de s’exprimer sans gêne et sans frustration aucune.

    Le plaisir est au centre de toutes leurs créations. Les différents projets et rencontres ont permis aux élèves de se rendre compte que la musique n’était pas réservée aux entendants, mais que, eux aussi, pouvaient y avoir accès et surtout, en faire !

    Les installations vibratoires et aériennes de la salle leur ont permis de jouer ensemble, de communiquer de façon polysensorielle et kinesthésique par le biais de créations musicales.

    Sur une scène ou simplement dans la salle de musique lors des journées portes ouvertes ou de la fête de la musique, ils ont pu partager, les uns avec les autres et avec les spectateurs, leurs créations et leurs émotions.
    Les séances de musique de l’INJS sont avant tout un éveil musical, une manière de donner envie aux jeunes de faire de la musique et de la ressentir chacun à leur manière.

    C’est pour cela que dans l’avenir, un partenariat avec le conservatoire du 5e arrondissement de Paris est à l’étude, afin que les élèves qui le souhaitent, puissent approfondir l’apprentissage d’un instrument ou même prendre des cours de chant.

    Nous souhaiterions également que ces différents partenariats se pérennisent, que les jeunes puissent régulièrement partager leurs expériences, notamment avec les différentes écoles de musique à l’étranger comme Music and the Deaf au Royaume-Uni et les écoles de Berlin avec lesquelles travaille l’Association Elena Rostropovitch.
    Ce projet permettrait que la pédagogie musicale adaptée aux jeunes sourds puisse être transmise à d’autres établissements spécialisés et qu’une réflexion s’installe entre les différents professionnels intervenant auprès d’eux.

    Ceci permettrait que se fasse un échange entre des élèves sourds de différents pays, sur un projet commun, celui de faire de la musique !

    Pour conclure, grâce à l’enthousiasme des élèves, grâce à la direction de l’INJS, aux inspections de Mme Auriol et Mme Poissenot, et aux différents partenaires qui nous soutiennent dans cette aventure, de nombreux projets sont encore à venir afin que lorsque l’on parlera dans l’avenir de musique auprès de jeunes sourds, plus personne ne voie cela comme un paradoxe mais comme quelque chose qui va de soi !

    1Entendre est une forme particulière du toucher. A des fréquences très basses, l'oreille commence à devenir inefficace et le reste du corps, le sens du toucher, prend le relais. Pour une raison obscure, nous avons tendance à faire une distinction entre entendre un son et sentir une vibration, en réalité il s'agit de la même chose. Même une personne complètement sourde peut toujours entendre/ressentir des sons.
    2La fondation Bettencourt Schueller, LVMH/Moët Hennessy, Louis Vuitton

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    Ballade en éducation auditive, pour un environnement sonore et musical adapté à la surdité

    Préface de Serge André

    Ouvrage de Chantal Chaillet-Damalix

    Tel un promeneur sur le chemin, j’ai parcouru ce livre comme une proposition. Une ouverture vers d’autres sphères. Le compositeur que je suis ne pouvait être insensible à cette démarche qui me place d’emblée dans la troisième voix de ce solfège, celle de l’écoutant.

    Proposé par Chantal CHAILLET DAMALIX, cet ouvrage, que je qualifierai d’essai, a l’impertinence nécessaire à l’évolution des mentalités. Elle bouscule parfois pour éviter l’immobilisme et le scepticisme auquel tout chercheur se retrouvent confronté.

    Un livre précis, riche d’enseignements, courageux, audacieux qui, manifestement, ne laissera pas indifférents tant les professionnels que les non initiés. C’est un livre à écouter.

    Dans ma carrière de musicien-compositeur j’ai souvent eu à répondre à diverses commandes. Mon premier travail, avant même de retrouver mon clavier, est d’être à l’écoute de celui qui passe commande et de m’entendre avec lui. Etre en accord avec, créer une harmonie. Sans cette faculté d’écoute de soi-même et des autres, sans cet accord initial aucune communication ou création n’est possible. Puis suit le temps de la création, dans une composition musicale il n’y a pas de juste ou de faux il n’y a que des intentions exprimées. Ces intentions peuvent déranger ou être appréciées par l’auditeur en fonction de son état et de sa capacité à recevoir à un moment donné, l’essentiel étant qu’elles soient vraies. Avant le son il y a le silence qui crée le lien entre le profane et l’instant sacré de l’œuvre.

    La surdité est-elle un monde silencieux ? Implique-t-elle le silence ? Peut-être ! Mais alors quel silence ? L’œuvre musicale elle même se pose sur un silence et quand le son n’est plus, un autre silence s’installe. L’intérieur de l’œuvre est ponctué par des silences. La musique n’est-elle pas une succession de silences entrecoupée de notes ? Et quand le silence est intentionnel, il est signifiant. D’après John CAGE « le silence est un état libre d’intention ».

    La surdité entraîne évidemment un handicap physique, psychologique et social et la musique permet de recrée du lien entre le sourd et l’entendant. Car le sourd entend la musique par d’autres moyens que ses oreilles. Il ouvre son corps tout entier à la réception des vibrations sonores. Quand il pratique un instrument il ne fait plus qu’un avec le son, ce qui n’est malheureusement pas le cas de l’entendant qui n’utilise généralement que ses oreilles. La prise en compte de cette notion de la perception corporelle est indispensable pendant la création. La partition écrite n’indique que peu de chose de l’œuvre, elle est un pense-bête qui ne renseigne que sur la hauteur des notes, la durée, le tempo et parfois elle indique quelques nuances voulues par le compositeur. Ces nuances précisées restent subjectives et laisse libre le musicien pour son interprétation. Le compositeur s’exprime de tout son être quand il crée, ses doigts sur l’instrument ne sont que les outils techniques utiles à l’expression de son intention. Il utilise l’instrument pour traduire sa musique intérieure. C’est seulement quand ce concept est acquit que peut naître une création qui s’adresse a tous, elle ne sera pas qu’esthétique ou flatteuse, elle sera avant tout humaine et universelle. La composition musicale ne se contente pas d’aller du jeu du musicien vers les oreilles des auditeurs : elle va d’un corps à l’autre, d’une âme à l’autre. Le livre de Chantal CHAILLET DAMALIX est le résultat d’une exploration, il y a là des références essentielles, une réflexion profonde. C’est une avancée importante grâce à une vision nouvelle de ce qu’on peut appeler Musicothérapie.

    Mais que dit la science ? Eternel frères ennemis les artistes et les scientifiques ont parfois du mal à s’entendre. Sourds eux-mêmes à l’expression de l’autre. Les artistes représentés comme de doux rêveurs par les scientifiques eux-mêmes considérés comme incapables d’apprécier l’art. Ils ont ça de commun, c’est d’être tous des chercheurs. « La musique est dans tout » disait Victor Hugo, elle est en l’homme par sa respiration, son rythme cardiaque etc. Daniel Levitin, neuroscientifique, va jusqu’à penser que la musique est à la base du langage. Pour Rousseau elle aurait la même origine.

     

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    La surdité de Beethoven

    par E. Drouot

    Extrait de la Revue Générale, 26e année, n°2, novembre 1924

    Quelle que soit la situation sociale de celui qu’elle frappe, la surdité est toujours un mal redoutable en raison du trouble profond qu’elle jette dans la vie de relation, mais ses conséquences sont particulièrement fâcheuses, on le comprend sans peine, s’il s’agit d’un compositeur de musique. Ce fut le cas de Beethoven, qui, devenu sourd vers trente ans, composa par la suite ses plus beaux chefs-d’œuvre, sans pouvoir les entendre.
    On trouve trace dans la correspondance du grand musicien des souffrances physiques et morales qu’il endure du fait de sa surdité. À la suite d’un traitement, son état général s’est amélioré, «… il n’y a que mes oreilles qui bruissent nuit et jour », écrit-il au docteur Franz Gerhard Wegeler (29 juin 1801). « Je puis dire que je mène une vie misérable. Depuis presque deux ans, j’évite toute société, parce que je ne puis pas dire aux gens : “Je suis sourd”. Si j’avais quelque autre métier, cela serait encore possible ; mais dans le mien, c’est une situation terrible. Que diraient de cela mes ennemis, dont le nombre n’est pas petit ? ».

    À cette époque, la surdité de Beethoven n’était que partielle.

    « Pour te donner une idée de cette étrange surdité, écrit-il au même correspondant, je te dirai qu’au théâtre je dois me mettre tout près de l’orchestre pour comprendre les acteurs. Je n’entends pas les sons élevés des instruments et des voix, si je me place un peu loin. Dans la conversation il est surprenant qu’il y ait des gens qui ne l’aient jamais remarqué. Comme j’ai beaucoup de distractions, on met tout sur leur compte. Quand on parle doucement, j’entends à peine ; oui, j’entends bien les sons, mais par les mots : et d’autre part, quand on crie, cela m’est intolérable. Ce qui en adviendra, le ciel le sait ».

    Au pasteur Amenda, Beethoven crie sa peine : « Sache que la plus noble partie de moi-même, mon ouïe, s’est beaucoup affaiblie. Déjà à l’époque où tu étais près de moi, j’en sentais des symptômes et je les cachais ; depuis, cela a toujours été pire ».

    Beethoven a entendu parler du galvanisme qui est fort utilisé comme mode de traitement. Il demande à Wegeler s’il pourrait en tirer quelque soulagement : «… un médecin m’a dit qu’il avait vu un enfant sourd-muet recouvrer l’ouïe et un homme sourd depuis sept ans guéri également. Justement j’apprends que Schmidt fait des expériences là-dessus ».
    « Je vis de nouveau un peu plus agréablement : je me mêle davantage aux hommes. Tu peux à peine croire quelle vie de solitude et de tristesse j’ai mené depuis deux ans. Mon infirmité se dressait partout devant moi, comme un spectre, et je fuyais les hommes. Je devais paraître misanthrope, et le suis pourtant si peu !... »

    Durant toute l’année 1801 et une partie de la suivante, Beethoven espère, sinon guérir, du moins recouvrer en partie l’audition. À l’exemple de la plupart des sourds, il passe d’un médecin à l’autre, essaie de tous les traitements, consulte même un « guérisseur » qui le soumet à des pratiques ridicules, sans aucun succès, d’ailleurs.
    À partir de ce moment, le grand artiste, désespérant de guérir jamais, traversa une crise de découragement qui faillit le porter aux dernières extrémités.

    Voici ce que dit Beethoven dans son testament d’Heiligenstadt, écrit le 6 octobre 1802 et adressé à ses deux frères «… Mais songez seulement, depuis, six ans, quel est mon état affreux, aggravé par deux médecins sans jugement, trompé d’année en année dans l’espérance d’une amélioration, enfin contraint à la perspective d’un mal durable dont la guérison demande peut-être des années, si elle n’est pas tout à fait impossible. Né avec un tempérament ardent et actif, accessible même aux distractions de la société, je devais de bonne heure me séparer des hommes, passer ma vie solitaire. Si je voulais parfois surmonter tout cela, oh ! combien durement je me heurtais à la triste expérience renouvelée de mon infirmité ! Et pourtant, il ne m’était pas possible de dire aux hommes : “Parlez plus haut, criez ; car je suis sourd.” Ah ! comment me serait-il possible d’aller révéler la faiblesse d’un sens qui devrait être chez moi plus parfait que chez les autres, un sens que j’ai autrefois possédé dans la plus grande perfection, dans une perfection comme certainement peu de gens de mon métier l’ont jamais eue ! – Oh ! cela, je ne le peux pas ! – Pardonnez-moi donc si vous me voyez vivre à l’écart, quand je voudrais me mêler à votre compagnie. Mon malheur m’est doublement pénible, puisque je lui dois d’être méconnu. Il m’est interdit de trouver un délassement dans la société des hommes, dans les conversations délicates, dans les épanchements mutuels. Seul, tout à fait seul ! Je ne puis me risquer dans le monde qu’autant qu’une impérieuse nécessité l’exige. Je dois vivre comme un proscrit. Si je m’approche d’une société, je suis saisi d’une dévorante angoisse, par peur d’être exposé à ce qu’on remarque mon état ».

    « De là ces six mois que je viens de passer à la campagne. Mon savant médecin (le professeur Schmidt) m’engagea à ménager mon ouïe autant que possible ; il vint au-devant de mes intentions propres. Et pourtant, maintes fois ressaisi par mon penchant pour la société, je m’y suis laissé entraîner. Mais quelle humiliation, quand il y avait quelqu’un près de moi et qu’il entendait au loin une flûte, et que je n’entendais rien ! De telles expériences me jetèrent bien près du désespoir ; et peu s’en fallut que moi-même je ne misse fin à ma vie ».

    À partir de 1802, la surdité de Beethoven va en augmentant. Malgré cela, en 1808, il fait exécuter lui-même sa cinquième symphonie et dirige l’orchestre en présence d’un nombreux auditoire qui lui fait une ovation des plus enthousiastes. Le compositeur restant immobile, l’un des artistes détourne doucement sa face vers l’auditoire afin de lui faire constater l’enthousiasme qu’il a déchaîné. Le public redouble d’applaudissements tandis que Beethoven, maudissant sa terrible infirmité, s’emporte en plaintes amères, puis éclate en sanglots.

    Son biographe, Schinder, a fait un récit poignant des incidents pénibles qui marquèrent la représentation de Fidelio, en 1822.

    «… Beethoven demanda à diriger la répétition générale. Dès le duetto du premier acte, il fut évident qu’il n’entendait rien de ce qui se passait sur la scène. Il retardait considérablement le mouvement ; et tandis que l’orchestre suivait son bâton, les chanteurs pressaient pour leur compte. Il s’ensuivit une confusion générale. Le chef d’orchestre ordinaire, Umlauf, proposa un instant de repos, sans en donner la raison ; et après quelques paroles échangées avec les chanteurs, on recommença. Le même désordre se produisit de nouveau. Il fallut faire une seconde pause. L’impossibilité de continuer sous la direction de Beethoven était évidente ; mais comment le lui faire comprendre ? Personne n’avait le cœur de lui dire : “Retire-toi, pauvre malheureux, tu ne peux pas diriger” ».

    « Beethoven, inquiet, agité, se tournait à droit, à gauche, s’efforçait de lire dans l’expression des différentes physionomies et de comprendre d’où venait l’obstacle ; de tous côtés le silence. Tout à coup, il m’appela d’une façon impérieuse. Quand je fus près de lui, il me présenta son carnet et me fit signe d’écrire. Je traçai ces mots : “Je vous supplie de ne pas continuer ; je vous expliquerai à la maison pourquoi.” D’un bon, il sauta dans le parterre, me criant : “Sortons vite !” Il courut d’un trait jusqu’à la maison ; il entra et se laissa tomber inerte sur un divan, se couvrant le visage de ses deux mains, il resta ainsi jusqu’à l’heure du repas. À table, il ne fut pas possible d’en tirer une parole ; il conservait l’expression de l’abattement et de la douleur la plus profonde. Après dîner, quand j’ai voulu le laisser, il me retint, m’exprimant le désir de ne pas rester seul ».

    « Au moment de nous séparer, il me pria de l’accompagner chez son médecin qui avait une grande réputation pour les maladies de l’oreille… Dans toute la suite de nos rapports avec Beethoven, je ne trouve pas un jour qui puisse se comparer à ce jour fatal de novembre… Il avait été frappé au cœur, et, jusqu’au jour de sa mort, il vécut sous l’impression de cette terrible scène ».

    L’inventeur du métronome, Maelzel, essaya d’adoucir le triste sort du grand compositeur, son ami, en imaginant divers appareils acoustiques destinés à renforcer les sons. Beethoven qui percevait encore les bruits forts et les sons bas, adopta l’un d’eux, le plus petit, et s’en servit jusqu’à sa mort survenue en mai 1827.
    Le génial compositeur avait une hérédité chargée : son père était alcoolique, sa mère et l’un de ses frères moururent de tuberculose. De plus, par suite d’une hygiène mal comprise, il semble avoir fait, dans sa jeunesse, tout ce qui pouvait déclencher son mal.
    La surdité de Beethoven rappelle celle de Marie Bashkirtseff. Quoique dans sa première jeunesse, elle doit abandonner l’espoir de guérir : « Tout est fini ! tout est fini ! tout est fini ! s’écrie-t-elle… Je ne guérirai jamais… Il y aura un voile entre moi et le reste du monde. Le vent dans les branches, le murmure de l’eau, la pluie qui tombe sur les vitres… les mots prononcés à voix basse…, je n’entendrai rien de tout cela ! »
    On trouve des accents aussi poignants dans l’œuvre d’une autre sourde, la femme supérieurement intelligente, la grande artiste que fut Marie Lenéru.
    D’aucuns prétendent que la surdité de Beethoven contribua dans une certaine mesure « à exalter son génie, à purifier la forme de sa pensée artistique, à transporter jusqu’à des hauteurs inconnues cette sublime personnalité ». Mais de quel prix ne paya-t-il pas ces quelques avantages, puisque cette surdité aigrit son caractère et le rendit le plus malheureux des hommes ?

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    Touchés !

    par Antoine Tarabbo

    Critique du film Marie Heurtin

    Il est des œuvres dont on dit qu'elles sont touchées par une certaine forme de grâce. Chacun pouvant, sous ce mot, retrouver le sens qui lui conviendra. Concernant le long-métrage Marie Heurtin dont l'un des personnages essentiels est une religieuse, Sœur Marguerite, cela pourrait passer pour une facilité de propos.
    Et pourtant.

    Le film de Jean-Pierre Améris, inspiré de faits authentiques, laisse au spectateur une impression particulièrement profonde, appelée à durer et qui le touche au plus près du cœur. Le réalisateur lyonnais, fortement marqué, dans son enfance, par le film d'Arthur Penn, Miracle en Alabama, souhaitait revisiter ce film bouleversant.
    Celui-ci relatait le parcours prodigieux d'Hélène Keller (jouée de façon bouleversante par la jeune Anny Pike) qui parvint à sortir de la nuit de sa surdi-cécité, grâce au talent et à l'opiniâtreté de sa tutrice, Anne Sullivan, elle-même demi-aveugle, et magnifiquement interprétée par Ann Bancroft.
    Certaines scènes du film qui concernent les apprentissages de base, y font d'ailleurs tout à fait référence. Et c'est ainsi que, faute de pouvoir s'acquitter des droits colossaux en vue d'un remake, le metteur en scène, s'est intéressé au destin des enfants sourds-aveugles en France.

    Se documentant, et visitant le centre de Larnay dans la région de Poitiers, il conçoit alors le projet d’évoquer l'histoire d'une de ces enfants née sourde et aveugle.
    Le film qui résulte de cette approche sensible de l'altérité est tout d'abord une histoire de rencontres.

    Ayant renoncé pour le rôle éponyme à recruter une personne sourd-aveugle, pour des raisons propres à la possible mise en scène, le réalisateur entame un tour de France des séances de castings dans les institutions spécialisées pour les jeunes sourds. Et c'est à l'Institut des Jeunes Sourds de Cognin, en Savoie, qu'il va croiser les pas de sa future héroïne. Elle se nomme Ariana Rivoire, et elle est élève au lycée professionnel. Jean-Pierre Améris la croise au self de l'école. Et il sait instantanément, en voyant l'énergie communicative que dégage la jeune fille qu'il tient là son actrice.
    Une sorte de prédestination (on s’excuserait presque du vocabulaire) à incarner, et ce mot le dit magnifiquement, le rôle de cette enfant que l'on voit dans les premiers plans dans une allure de sauvageonne, vêtue d'une tunique sale et les cheveux en champ de bataille, et qui, se déplaçant dans une démarche particulière — l'image est inoubliable — capte les rayons du soleil du bout de ses mains.

    On songe évidemment à Victor de l'Aveyron. Le fameux « enfant sauvage » dont François Truffaut, prêtant ses traits au Docteur Itard entreprend, dans son film devenu largement célèbre, l'éducation. Tentative aux résultats, hélas, bien mitigés.
    Marie Heurtin aura pour sa part beaucoup plus de chances. Son chemin limité dans le noir et dans le silence va croiser celui inspiré de Sœur Marguerite, dans l'institution de Larnay près de Poitiers où son père l'a conduite dans l'espoir que les Sœurs de la Visitation, déjà aguerries dans l'éducation des jeunes filles sourdes, puissent s'occuper de son enfant, faute de quoi elle sera promise à l'asile.
    Autant dire au tombeau relationnel.

    Ce sera la deuxième rencontre déterminante, en écho à la première, par-delà le temps.
    La scène inaugurale voit Marie apeurée se réfugier dans un arbre, son habituel perchoir rassurant en cas d'intrusion dans son petit territoire intime. La main de Sœur Marguerite monte vers elle pour établir un lien tout juste effleuré, remarquable métaphore de ce qui va se jouer entre ces deux êtres appelés à un partage émotionnel inédit.
    Sœur Marguerite a immédiatement l'intuition que derrière cette prison sensorielle, une âme qui deviendra selon ses dires, « une âme de son âme » attend d'être libérée.
    Il ne faut pas trop en dire de ce film. Il faut, bien sûr, le voir et le faire voir autour de soi. Le plus largement possible car il a des vertus de baume. L'accueillir dans ses moments de corps à corps perturbants comme dans ses instants ralentis qui ouvrent en soi des espaces inhabituels…
    Laisser les futurs spectateurs se laisser prendre par l’extraordinaire qualité du silence dans le film, — peu de dialogues, quelques notes de violoncelles —, comme dans la salle, où l'on devine chacun des spectateurs en train de vivre cette histoire, dans une sorte de recueillement intense.

    Un pont de mains va bientôt relier Marie et Marguerite et il va vite convoyer le sens, l'ouverture au monde et le dicible. Dans l’univers que Marie s'est figurée à bout de doigts et où les formes sont siamoises des odeurs, il n'est pas encore nécessaire de nommer les choses.
    Les mains et le nez se suffisent à épouser les formes en narrateurs quasiment muets. Mais Sœur Marguerite s'obstinera pour faire advenir une parole, au-delà de celle qui peut conduire à Dieu.
    Et du couteau fétiche replié de Marie, encore sans l'âme des mots et sans le manche pour saisir, en pensées, les choses, surgira un déclic magnifique.

    Isabelle Carré est à la fois pudique et lumineuse dans cette maternité sublimée, totalement Sœur Marguerite, combative et aérienne, toute de détermination et bouleversante d'humanité. Ariana est Marie Heurtin, d'une manière incroyablement naturelle, d'une force vitale et nous offrant une présence absolument magnifique dans son avènement affectif et dans ses savoirs tout neufs.
    C'est la troisième et puissante rencontre générée par ce film. Les deux actrices, la néophyte et la chevronnée réalisant une partition équilibrée, sensible, poignante, harmonieuse au service du récit touchant. On devine la réciprocité des dons qui se sont joués dans le tournage entre ces deux protagonistes et qui vont probablement perdurer au-delà de leur travail en commun.
    La figure de Sœur Raphaëlle à laquelle Noémie Churlet donne un visage d’une grande intensité émotionnelle à la fois contenue et profonde éclaire également en complément la narration.

    Le sous-titrage lui-même n'est pas unilatéral. Il permet aux personnes sourdes de suivre les dialogues et aux personnes entendantes d'accéder au sens des propos en langue des signes. Belle symétrie du pont d'accessibilité voulue par le réalisateur.
    Le film bien qu'il bouleverse, n'est pas dénué d'humour et de moments joyeux. Il comprend également foule d’instants de pure grâce visuelle comme d’épiphanies bienfaisantes.
    D'abord spectateurs, un peu décontenancés, nous nous ouvrons à ce souffle réconfortant de sensibilités. Nous recouvrons nos sens un peu « secondarisés », un peu « oubliés » comme le toucher, l'odorat. Et nous découvrons cette formidable Altérité.

    Touchés, nous sommes vraiment touchés !
    Et notre gratitude va vers ceux qui ont produit et réalisé ce très bel opus.
    Il se peut toutefois que la grâce ne suffise pas ou paraisse trop galvaudée. Il peut arriver aussi que, par circonstance aggravante, nous redevenions immédiatement, au sortir de la salle, des professionnels du milieu de la surdité. Mais que nous soyons enseignants, éducateurs, médecins, psychologues, orthophonistes, etc. acceptons, en conscience, les belles leçons du film sur les merveilleux chemins de la polysensorialité, sur le courage et la détermination des éducateurs pionniers, sur les belles espérances permises par l'empathie et la douce humanité à partager.
    Souhaitons à ce beau film de rencontrer un large public et d'obtenir des récompenses tout à fait méritées.
    Souhaitons la double consécration pour les deux actrices et rêvons tout haut au miracle de les voir monter sur scène chercher, main dans la main, leur César du remarquable chemin fait ensemble.

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    La famille Bélier

    par Olivier Marchal

    Un film d'Eric Lartigau avec Karin Viard, François Damiens, Louane Emera

    Synopsis
    Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale.

    La famille Bélier Image du film avec Karin Viard, Louane Emera et Luca Gelberg

    Un jour, poussée par son professeur de musique, qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

    Plus d'une centaine de personnes dont une vingtaine d'enseignants en formation CAPEJS étaient présents pour assister, le 23 octobre, à la projection de ce film. Projection qui s’est poursuivie par une rencontre avec le réalisateur Eric Lartigau et l'actrice Louane Emera. Cet évènement a été organisé par le cinéma Pathé les Halles à Chambéry.

    L'actrice Louane Emera lors de la représentation à Chambéry

    De nombreuses questions ont permis de découvrir un réalisateur et une jeune comédienne accessibles et débordants d'humanité.
    Cette projection fut la première avant-première en version française sous-titrée pour sourds et malentendants.

    L'actrice Louane Emera lors de la représentation à Chambéry

    Sortie officielle en salle le 17 décembre 2014

    

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    Le prix Handi-Livres

    Une collaboration du fonds Handicap & Société et de la BnF



    Le prix Handi-Livres a été créé en 2005 par la mutuelle Intégrance. Il est organisé chaque année par le fonds Handicap & Société, dont le président est Jean Barucq. Cette récompense vise à encourager les auteurs, à mettre en lumière les personnes handicapées ou les ouvrages traitant du handicap afin de faciliter l’intégration des personnes handicapées dans la société.

    Depuis 2010, le prix est co-organisé avec la Bibliothèque nationale de France, dont la directrice générale est Sylviane Tarsot-Gillery.

    Comme chaque année depuis sa création, Robert Hossein est le président de ce prix. Les membres, qui composent le jury de sélection, sont des professionnels du handicap, des journalistes ou encore des écrivains.

    Au fil des ans, le prix Handi-Livres est de plus en plus reconnu par la presse et les maisons d’édition. Il est constaté un intérêt grandissant du grand public pour ce prix et les ouvrages sélectionnés. Cette valorisation et cette reconnaissance permettent aux auteurs d’être publiés à une plus grande échelle tout en valorisant le handicap.

    Handi-Livres récompense les ouvrages en langue française dans les sept catégories suivantes :

    • roman
    • biographie
    • guide
    • jeunesse enfant
    • jeunesse adolescent
    • livre adapté
    • mention spéciale

    La remise des prix de l'édition 2014 a eu lieu le lundi 24 novembre, dans la salle Globes de la BnF, a honoré de trois prix la déficience visuelle.

    L’ouvrage Vingt-sixième étage, d’Alain Bron, est le récit de la vie d’une entreprise internationale. Il a reçu le prix dans la catégorie « roman ». Le 26e étage est le sommet de la tour. Il est occupé par les dirigeants qui font la pluie et le beau temps des étages inférieurs. Le récit débute sur un climat de tension avec les entretiens individualisés de performance où chacun reçoit la consigne d’être plus sévère.
    Dans ce contexte, Alain Bron relate les destins croisés de salariés qui vont vivre l’apogée et la chute de leur entreprise. Le personnage principal, un aveugle, s’avère beaucoup plus clairvoyant que les autres.

    Pour plus d'informations sur l'ouvrage d'Alain Bron, vous pouvez consulter l'espace dédié sur le site du fonds Handicap & Société


    Dans la catégorie « jeunesse enfant », l’ouvrage Chien guide pour la vie, écrit par Laure Perrin et illustré par Béatrice Rodriguez a été primé.
    L’ouvrage, a la manière d’un documentaire, est le récit des secrets sur les chiens guides d’aveugles par Akela, un loup, au jeune Tom. Cet écrit donne aux jeunes lecteurs des pistes pour aider les chiens guides et leurs maîtres aveugles et malvoyants.
    Au sein de cet ouvrage, un reportage photos dans une école de chiens guide, des questions, des mots en anglais et des jeux permettent de découvrir et d’apprendre tout en s’amusant.
    Enfin, un alphabet en braille permet d’initier les plus jeunes à ce langage.

    Pour plus d'informations sur l'ouvrage, vous pouvez consulter le communiqué de presse des éditions Akela


    Dans la catégorie « livre adapté », Sandrine-Marie Simon a été récompensée pour son ouvrage Petit duvet. L’ouvrage est une promenade audio-tactile à la ferme.
    Petit duvet est un petit poussin qui ne voit pas clair. Il décide malgré tout de partir retrouver sa maman…

    Pour plus d’informations sur la cérémonie et sur les autres récompenses, vous pouvez consulter le site du fonds Handicap & Société (lien vers le site)

    
    

    CNFEDS - Bulletin Liaisons
    BP 1104
    73011 CHAMBÉRY

    communication.cnfeds@univ-savoie.fr


    Directrice de la Publication
    Elisabeth BINCAZ

     

    Rédactrice en chef
    Annette DUMAS

     

    Ont participé à ce numéro
    Philippe GENESTE
    Elsa FALCUCCI
    Serge ANDRE
    Antoine TARABBO
    Olivier MARCHAL

     

    Actualités

    

    Finger Reader

    Les chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) ont mis au point une bague électronique. Cette bague a pour objectif de permettre aux personnes, avec une déficience visuelle, de lire des textes imprimés sur des livres ou sur des supports multimédia.
    Encore au stage de prototype, le Finger Reader permet de suivre une ligne de texte à l'aide d'une caméra intégrée. Placée sur l'index, l'anneau scanne le texte au rythme du défilement du doigt et retranscrit oralement l'écrit.
    L'outil est même capable de détecter lorsque l'utilisateur ne suit pas correctement le texte et en informe le lecteur oralement. Ce qui lui permet de maintenir une lecture linéaire.

    Pour plus d'information sur le dispostif, vous pouvez consulter le site du Finger Reader


    

    Cabine websourd à la médiathèque de Chambéry

    La médiathèque de Chambéry propose un nouveau moyen de communication à ses usagers déficients auditifs : la cabine websourd.
    Il s'agit d'une borne de visio-interprétation proposant une plateforme de service en ligne. Elle permet aux personnes sourdes un échange téléphonique, en langue des signes française, par l'intermédiaire d'interprête, vers n'importe quel interlocuteur.
    Le dispositif se situe au 1er étage de la médiathèque. Il est accessible aux horaires d'ouverture de la médiathèque, sauf le samedi.

    

    Réédition de l'ouvrage de Philippe Geneste
    Genèse de l'éducation hiérarchique

    Le pôle édition du CNFEDS est heureux de vous informer qu'une nouvelle édition de l'ouvrage de Philippe Geneste est en préparation.
    Genèse de l'éducation hiérarchique étudie la Réaction dans son ordre scolaire en suivant les évolutions historiques du système éducatif. Philippe Geneste s'appuie sur des exemples concrets, pris dans le quotidien des établissements scolaires, dont l'auteur est un travailleur : car la réalité de l'éducation et celle de l'enseignement se situent non d'abord dans les textes mais dans le quotidien des pratiques.
    L'analyse méthodique et patiente met ainsi au jour la genèse de l'éducation hiérarchique. L'ouvrage peut alors envisager la problématique d'un projet syndical d'école d'autonomie éducative. Cette conclusion est en fait une ouverture d'à-venir, tant théorique que pratique, pour une révolution éducative dans un cadre d'autonomie syndicale prolétarienne.

    

    A vos plumes : appel à contribution

    Pour les 20 ans du CNFEDS, le Centre aimerait publier un recueil de nouvelles sur le thème des sens.
    Nous avons actuellement quatre contributions, mais cela n'est pas suffisant... Nous faisons donc appel à vos talents d'écrivains afin que ce projet voit le jour.

    Pour plus d'informations sur le recueil, ou pour faire parvenir vos nouvelles, contactez

    Annette DUMAS
    annette.dumas@univ-savoie.fr

    

    CNFEDS

    Centre national de formation des enseignants intervenant auprès des jeunes déficients sensoriels

    BP 1104 -
    73011 CHAMBERY Cedex
    Tél : 04 79 75 85 71
    Fax : 04 79 75 84 91
    secretariat.cnfeds@univ-savoie.fr